Notices biographiques des correspondants

* À propos des notices biographiques

Ces notices sur des correspondants ou relations de Proust moins connus sont présentées en complément des notices publiées par Virginie Greene dans le volume Lettres (1879-1922). Elles seront enrichies progressivement.

Bénac, Jean

Jean Bénac, jeune avocat, était le fils d'André (1856-1937) et Edmée Bénac (1843-1949), de vieux amis de la famille Proust. Il fut tué par un obus le 15 décembre 1914, à Thann, en Alsace (voir sa fiche militaire qui se trompe cependant sur sa date de naissance. Voir son acte de naissance, n° 1070, Paris IXe, V4E 6185, en ligne, image 29). Probablement pour détourner tout soupçon d'attirance pour ce jeune homme, Proust niera plus tard l'avoir connu, dans des lettres à Mme Catusse (CP 03005) et Mme Albert Hecht (CP 03585). Jean Bénac a peut-être servi de modèle au personnage de Robert de Saint-Loup pendant la guerre (voir Pyra Wise, « Jean Bénac dans l'Enfer de la Grande Guerre : une source de Robert de Saint-Loup au front », Quaderni Proustiani, nº 12, à paraître fin 2018, en ligne ; et « Jean Bénac. Eine verborgene Quelle für Robert de Saint-Loup », in Marcel Proust und der Erste Weltkrieg, Wolfram Nitsch et Jürgen Ritte dir., Cologne, Marcel Proust Gesellschaft, 2017, p. 224-261). Voir aussi la page qui lui est consacrée sur le site du Barreau de Paris. [PW]

Bertholom, Antoine

Antoine Marie Bertholom né le 13 novembre 1866 à Saint-Évarzec (table des naissances, An XI-1902, Finistère, 5 E 255/1, en ligne, image 3). Il a épousé Louise Le Naour, née à Rosporden, le 29 octobre 1894 (table des mariages, 1893-1902, 5 E 249/1, Finistère, en ligne, image 18. Voir aussi les actes notariaux les concernant, qui confirment ces noms, cités dans Le Progrès, le 3 avril 1909, p. 4, colonne 4 ; et le 7 août 1909, p. 3, colonne 6). Ce serait André Bénac qui aurait trouvé à ce fils de cultivateurs un poste aux chemins de fer à Paris, à la Gare Saint-Lazare (Kolb, II, nº 136, p. 219, n. 5 ; et X, nº 69, p. 146, n. 2). Antoine Bertholom, arrivé à Paris dès janvier 1894, s'installe au 102 Boulevard Haussmann le 13 novembre 1896 (registre de matricule militaire, en ligne, image 48). Il fut en effet « Garçon de bureau des Chemins de fer » (selon les listes électorales sur plusieurs années, consultables à partir de 1900, Archives de Paris, DMi 19). Il n'était peut-être donc pas officiellement le concierge de l'immeuble où habitait alors Louis Weil, l'oncle de Marcel Proust, ce serait plutôt sa femme qui aurait tenu ce poste. Les Proust appelaient sa femme, Louise, « Mme Antoine », ce qui indique qu'elle n'était pas femme de chambre. Le service militaire favorisant la mixité sociale, un ami de Marcel Proust, le marquis Robert de Flers se trouva, en septembre 1897, à faire ses « 28 jours » avec « Antoine Bertholon » – c'est-à-dire Antoine Bertholom – comme il le confie avec humour à Proust (CP 00442, Kolb ; II, nº 136). En effet, Antoine Bertholom accomplit sa deuxième période d'exercices, du 28 août au 19 septembre 1897 (registre de matricule militaire, nº 1039, image 48). Le formulaire de ce registre militaire contient une ligne pour les « Surnoms », qui reste généralement vide. On y découvre le surnom d'Antoine Bertholom, « Phili-Davi ». À sa retraite, Antoine Bertholom retourna dans le Finistère, à Rosporden, où il est décédé, le 29 décembre 1943 (La Dépêche de Brest, 30 décembre 1943, p. 2, colonne 7). Dans la Recherche le maître d'hôtel des Guermantes s'appelle Antoine, et Françoise, qui ne l'apprécie guère, fait quelques remarques perfides à son sujet, concluant que « son “Antoinesse” ne vaut pas mieux que lui » (RTP, II, CGI, p. 323-324 ; ou dans l'édition du Côté de Guermantes I de 1920, p. 22. Voir aussi le Cahier 61, f. 71 r). Proust s'est ici inspiré de l'hostilité qui s'était installée entre les Bertholom et sa gouvernante Céleste Albaret. Il signalera cette inimitié à Mme Catusse en 1917 : « Si jamais vous passiez à la maison, je vous préviens que la guerre la plus déclarée règne depuis deux ans entre Céleste […] et les Antoine. Je ne crois donc pas que vous leur feriez plaisir en leur en faisant les louanges. » (CP 03369 ; Kolb, XVI, nº 143). Dans ses souvenirs Céleste Albaret explique, à son avantage, cette antipathie (Monsieur Proust, Paris, Robert Laffont, 1973, p. 58-59). Seules trois lettres de Proust à Antoine et une à Louise ont été publiées à ce jour (voir Quatre lettres de Marcel Proust à ses concierges, Genève, A. Skira, 1945). Deux ont été publiées par Kolb : Kolb, XIX, nº 38 ; CP 04076 ; XX, nº 20 ; CP 04498 ; une troisième a été publiée dans Lettres, n° 283, avec une tentative de restituer les noms qui avaient été supprimés dans l'édition de 1945. Cette lettre ayant refait surface et figurant dans le catalogue d'exposition Proust du temps perdu au temps retrouvé, il est désormais possible de restituer les noms avec certitude (Éditions des Équateurs, Aristophil Éditions / Musée des Lettres et Manuscrits, 2010, nº 26 ; repris dans BIP, nº 41, 2011, p. 160-161). [PW]

Cottin, famille

Nicolas Cottin (voir son portrait photographique par Paul Nadar en 1914), né au Brouillat, commune de Marizy (Saône-et-Loire), le 30 janvier 1873, fut d'abord le valet de chambre de la famille Proust, puis de Marcel jusqu'en 1914.
Il avait épousé à Paris, le 26 septembre 1901, Marie Céline Augustine Pagnon, née le 6 septembre 1879 à Paris. À l’époque, il était « employé » et elle « cuisinière ». Ils eurent un seul fils, Antoine André Nicolas Cottin (1909-1966). Lors de la naissance de leur fils, les Cottin sont domiciliés chez Marcel Proust, 102 boulevard Haussmann (voir l'acte de naissance nº 1269, du 13 juillet 1909, Paris VIIIe, 8N 154, en ligne, image 15).
Proust employait Nicolas Cottin comme valet de chambre, et parfois comme secrétaire. En effet, malgré son orthographe parfois défectueuse, il avait une belle écriture : Proust lui dicta au moins une lettre (CP 02277 ; Kolb, XI, nº 13) mais il contribua surtout à la mise « au net » d'une partie importante du roman entre 1909 et 1912, d'abord en écrivant sous la dictée de Proust pour la mise au net des Cahiers, puis en recopiant sur l'un des jeux de la dactylographie de 1911-12 les corrections apportées par Proust sur l'autre jeu (voir Anthony Pugh, « Sur le copiste de la première dactylographie », BIP, nº 31, 2000, p. 23-30 ; voir aussi L'Agenda 1906, Introduction, note 19). Pour un échantillon de l'écriture de Nicolas Cottin, voir les pages d'un ajout manuscrit dans une dactylographie de Du côté de chez Swann (NAF 16730, f° 5 r°-6 r°).
Mobilisé à la mi-août 1914, Nicolas Cottin partit pour le front, où il contracta une pleurésie. En juillet 1915, Proust était rassuré de le savoir à l'hôpital militaire de Belley (Ain), donc « à l'abri », écrivant à Céline : « Nicolas va vite être remis » (CP 02972). Mais il mourut le 4 juillet 1916 à l'hôpital Saint-Antoine à Paris (voir sa fiche militaire et la lettre de Proust à Lionel Hauser du 4 juillet 1916, CP 03152 ; Kolb, XV, nº 88).
Après la mort de son mari, Céline revint s'établir dans le village de sa famille, Champignol-lez-Mondeville (Aube) ; Nicolas Cottin y fut enterré et son nom figure sur deux monuments aux morts inaugurés en 1924, l'un dans le village et l'autre dans le cimetière. Céline se remaria avec un vigneron, Edmond Antoine. Elle est décédée à Bar-sur-Aube (Aude) le 10 janvier 1968. (Voir Carole Legris, « Un couple de Champignol-lez-Mondeville au service de Marcel Proust », L'Est éclair, 27 août 2018.)
En 1918, deux ans après la mort de son père, Antoine Cottin fut « adopté par la Nation » (voir l'ajout marginal de son acte de naissance). Il est décédé à Champignol-lez-Mondeville le 15 mai 1966. [PW]

Sources bibliographiques :
GUTH, Paul : « À l'ombre de Marcel Proust. Comment Céline (qui précéda Céleste) et Nicolas Cottin voyaient leur maître », Le Figaro littéraire, 25 septembre 1954, p. 4.
LEGRIS, Carole : « Un couple de Champignol-lez-Mondeville au service de Marcel Proust », L'Est éclair, 27 août 2018.

Hecht, Albert

Albert Hecht est né le 2 juillet 1842 à Bruxelles, et décédé le 21 août 1889 (acte de décès, Paris IXe, en ligne, image 4). Il épousa Mathilde Alphonsine Oulman (née le 8 juillet 1849. Acte de naissance n° 418, Versailles, 1112642, en ligne, image 94. Décédée le 16 octobre 1937. Acte de décès n° 1899, Paris XVIe, 16D 155, en ligne, image 21) le 21 juin 1875 (acte de mariage n° 656, Paris IXe, V4E 3523, en ligne, image 2). Il était négociant, avec son frère Henri, en matières premières pour tabletterie, c’est-à-dire qu’ils importaient des matières exotiques (ambre, ivoire, nacre, écaille, bois précieux, etc.) pour la fabrication d’objets à la mode (brosses, éventails, jeux, tabatières, etc.). Ayant déjà acheté des œuvres de Manet, il aurait ensuite posé pour une toile intitulée Bal masqué à l'Opéra (Étienne Moreau-Nélaton, Manet raconté par lui-même, Paris, Henri Laurens éditeur, 1926, p. 7), aujourd'hui conservée à la National Gallery of Art (Washington D.C.). Il a aussi été reconnu, avec son frère Henri, dans un tableau de Degas, Le Ballet de « Robert le Diable » (conservé au Metropolitan Museum of Art, New York). Pour une étude de sa collection, d'œuvres anciennes mais aussi d'art contemporain, ainsi qu'un portrait photographique d'Albert Hecht avec sa fille Suzanne, voir Anne Distel, « Albert Hecht, collectionneur (1842-1889) », Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1981, p. 267-279. Distel signale que « l'artiste de prédilection d'Albert Hecht » était Edouard Manet, et qu'en fait les deux frères Hecht furent parmi les premiers amateurs des Impressionnistes. La première œuvre de Manet qu'acheta Albert Hecht est Le Garçon aux bulles de savon (Musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne). Il semble que les frères Hecht aient entretenu une correspondance avec Manet (voir la lettre d'Henri Hecht à Manet à la Bibliothèque Doucet, ainsi qu'une lettre ornée de dessins au pastel de Manet à Albert Hecht, vendue chez Christie's, Londres, 6 février 2003, lot n° 403). [PW]

Thierry-Mieg, famille

Madame Thierry-Mieg, née Marie Rose Elisabeth Hofer à Mulhouse le 6 avril 1849 (acte de naissance nº 297, en ligne, image 261), avait épousé Auguste Thierry-Mieg (1842-1911 ; acte de naissance, nº 168, à Mulhouse, en ligne, image 574) le 10 juin 1866, à Riedisheim (acte de mariage nº 10, Haut Rhin, en ligne, image 65). Voir aussi sa nécrologie par M. J. Lutz, Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, LXXXII, 1912, p. 473-478. Mme Thierry-Mieg décédera le 18 août 1919 (voir sa généalogie). On trouve de nombreux portraits photographiques des familles Thierry-Mieg et Hofer en ligne. Cette branche de la famille Thierry-Mieg habitait à Mulhouse. Charles Thierry-Mieg, le frère et associé d'Auguste Thierry-Mieg s'était installé à Paris (voir le Journal officiel de la République française. Lois et Décrets, 22 août 1901, p. 5417, colonnes 2-3 ; et Le Figaro, 27 juin 1901, p. 3, colonne 3). Sa veuve, Mme Charles Thierry-Mieg, habitait au 174 boulevard Haussmann (Tout-Paris, 1916).
Jean Robert Thierry-Mieg, est né, comme ses parents, à Mulhouse, mais après la guerre de 1870 : son prénom est donc déclaré en allemand, Johann (acte de naissance nº 1763, du 12 septembre 1890, en ligne, image 672). Il était sergent au 15e bataillon de chasseurs et fut « tué à l'ennemi » le 4 février 1915 à la bataille d'Uffholtz, en Alsace (voir sa fiche dans le registre « Mort pour la France 14-18 ». Voir plus de détails et ses états de service dans le registre de matricule, Territoire de Belfort, 1 R 219, image 260). Proust a dû lire dans la presse l'annonce que le jeune homme était « tombé glorieusement » ou « mort au champ d'honneur » (Le Temps, 2 mars 1915, p. 4, colonne 5 ; Le Journal, 3 mars 1915, p. 4, colonne 3. Voir aussi l'annonce plus longue dans le Journal de Genève (27 février 1915, p. 4, colonne 1), journal que lisait Proust durant la guerre. Malgré la confirmation, en septembre 1915, de ce décès au front par le Ministère des Armées, un site, très complet, sur cette famille indique qu'il est décédé à cette même date mais « à la suite d’un duel », à Steinbach (voir l'onglet « information » sur cette page). La famille aurait-elle des informations que l'Armée aurait préféré taire à l'époque ? [PW]