Thèmes

Lettres de la Grande Guerre (1914-1918)

Dans la nuit du dimanche 2 août au lundi 3 août 1914, Marcel Proust écrit à Lionel Hauser, son cousin par alliance et conseiller financier : « Dans les terribles jours que nous traversons tu as autre chose à faire qu’à écrire des lettres et à t’occuper de mes pauvres intérêts qui je te jure me semblent bien dénués d’importance quand je pense que des millions d’hommes vont être massacrés dans une “Guerre des Mondes” comparable à celle de Wells […]. » La sombre prédiction de Proust était appelée à devenir réalité. La Grande Guerre, en entraînant la fermeture des maisons d’édition et de la quasi totalité des imprimeries, allait en même temps amener Proust à retravailler son roman, À la recherche du temps perdu, qui, des trois tomes annoncés à la parution de Du côté de chez Swann en 1913, allait croître de manière imprévue, intégrant notamment la Guerre en train de se dérouler. Une des sections posthumes du roman, « Paris pendant la guerre », compte aujourd’hui parmi les représentations littéraires les plus célèbres du conflit mondial, vécu de l’ « arrière ».

Une subvention accordée par les Services culturels de l’Ambassade de France aux États-Unis en 2017 – dans le cadre d’un appel à projets marquant le centenaire de l’entrée en guerre des États-Unis en 1917 – a permis au projet Corr-Proust, projet-phare du Consortium franco-américain Proust21, d’élargir son équipe et de mettre au point les outils numériques nécessaires à son travail. Grâce à cet élan, une première sélection de lettres de la Guerre est présentée en novembre 2018, mois du centenaire de l’Armistice.

Le corpus retenu pour l’ouverture du site montre Proust vivant la Guerre de diverses façons : il s’inquiète de ses proches dont Reynaldo Hahn, engagé volontaire dans l’armée ; il critique le chauvinisme de la presse et les littérateurs qui « parlent bien mal » des soldats tués ; il complimente, de façon peut-être ambiguë, les Élégies guerrières de Robert de Montesquiou ; il déplore la mort au front d’un jeune homme qu’il dit pourtant n’avoir « jamais vu ». Il craint d’être sommé de se présenter devant un Conseil de révision, malgré sa « déchéance physique », et sollicite de nombreux certificats médicaux, en vue d’être dispensé de toute obligation militaire. Il n’en quitte pas moins sa chambre pour assister à des événements de la vie artistique parisienne. Tout au long de ces années de guerre, il poursuit l’écriture de son roman : à une de ses correspondantes, Mme Scheikévitch, en deuil d’un frère tué au front, il révèle quelques secrets des volumes encore à paraître de la Recherche du temps perdu.

Cette première version du site permet surtout de découvrir les possibilités techniques développées pour l’édition numérique Corr-Proust.

 

Centenaire du Prix Goncourt (1919)

À l'occasion des cent ans du prix Goncourt décerné à Marcel Proust pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs (10 décembre 1919), un premier choix de lettres se rapportant à ce prix et à ce volume a été mis en ligne. D'autres lettres seront ajoutées prochainement.